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Qwartz célèbre avec les Editions Allia, le centenaire du Manifeste de Luigi Russolo

Russolo_Allia

BRISER LA MUSIQUE …

1913. Luigi Russolo, membre discret du mouvement futuriste rédige un manifeste pour réorienter ce qu’il n’appelle déjà plus la musique. Il se tourne vers les bruits et les sons afin non pas de redécouvrir une innocence perdue mais d’accéder à la modernité des machines.

Il s’agit pour lui de réinventer le monde et à cette occasion de provoquer un scandale. Les formes privilégiées,  jusqu’à alors, doivent se taire, de Monteverdi à Wagner, pour lui ce qui est audible ne doit plus être habituel. Il s’agit de rompre avec une tradition et d’accéder à un espace que les usages ne parasitent plus.

A cette époque, l’industrie se développe et Russolo s’éprend des sonorités fécondées par le travail et les hommes. Le tout est de traduire, sous une forme aussi acceptable qu’insurrectionnelle, une matière nouvelle, qui ne possède pas de code et dont la principale qualité  est de déranger l’oreille, de traduire un inouïe.

Le manifeste invite l’auditeur à « sortir » d’une connaissance et à entrer dans un inconnu débarrassé de l’ennui. Ici l’oreille est hardie.  Ici la musique est désentravée. Russolo ne sacrifie pas le passé mais souhaite un changement aussi radical que le fût pour le regard Les demoiselles d’Avignon de Picasso et Vladimir Mayakovsky à  la littérature. Son premier concert en 1914 déclenchera une émeute où on l’imagine les sifflets retentissaient à percer de trous les murs.

2013. Aujourd’hui, ces quelques pages résonnent, frappent encore. Ce n’est pas tant la proposition d’une nouvelle architecture musicale qui insuffla, inspira de Pierre Henry à Einstürzende Neubauten  que le besoin impératif de transformer l’art et ses témoins, d’en faire une utopie qui rompt avec un usage marchand, un monde dominé par la consommation. En fait, ces ruptures réconcilient les hommes avec leur époque. Et que reste-t-il du manifeste en tant que genre, un parfum Manifesto qui emprunte sa rhétorique à des modèles qui le récusent.  Genica Baczynski

Les éditions Allia sont cette année partenaire des Qwartz.  Lauréats, nommés et jurés recevront à l’occasion de la cérémonie le manifeste édité par ces éditions.

Retrouvez les éditions Allia sur le Qwartz Market, 4 avril 2013 – entrée libre de 18h-00h à la Machine du Moulin Rouge.

Nouvelle édition

Art des bruits (L’)

mars 2013 – prix: 6,20 €
format : 100 x 170 mm
48 pages

Matthew Herbert met les pieds dans le plat

Matthew Herbert, Qwartz d’Honneur 2011, entame sa tournée internationale pour présenter sa dernière oeuvre: One Pig. Oeuvre qui crée une polémique au sein des associations pour la défense des animaux. Il a débuté dans le prestigieux London’s Royal Opera House, le 2 septembre dernier et continuera au Japon, au Pays-Bas et en Italie.

Photo de Socrates Mitsios

One Pig est le troisième volet de la trilogie One. Après One One et One Club, One Pig présente tous les aspects de la vie d’un cochon, de sa naissance à sa mort. De sa découpe et de son désossage à sa consommation. Une oeuvre qu’il considère comme un aperçu, une vision de l’omniprésence de cet animal le plus proche de l’homme, mal aimé qui incarne à la fois la richesse et de l’exploitation totale. “L’épisode de la mort était une étape cruciale dans l’histoire. C’était celle que je redoutais le plus, mais c’était aussi celle que je trouvais la plus pertinente pour ma compréhension” dit-il.

L’interview de Matthew Herbert par Intruders TV au Trianon, partenaire des Qwartz.

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Retrouver la vidéo de son discours aux Qwartz 8 en avril 2011 au Trianon. En compagnie d’alva noto, le Président d’Honneur, matali crasset, la Présidente du Jury et Eric da Costa en personnage ténébreux de Philippe Druillet.

Interview de l’artiste par Genica Baczynski pour Qwartz

À quoi correspond chez vous cette tendance à tout faire vous-même ? Vous sentez-vous proche de Robinson Crusoé ?

Les collaborations et l’idée de coopération sont indispensables. Aujourd’hui pourtant il faut apporter à l’art une nouvelle perspective et ainsi provoquer l’émergence d’espaces inédits où l’auditeur reconsidère son environnement. Au 20e siècle, le modèle de distribution, en ce qui concerne la musique, et les caractéristiques du travail ont été définis par les entreprises. Elles se sont attachées au profit, à la facilité, aux formes sans cesse répétées. Je n’ai pas eu d’autre choix que de tout créer et de tout gérer par moi-même. Pour l’instant, je n’entraîne pas tout le monde sur cette voie. Il me semble important que l’aspect politique de ma musique se retrouve dans son mode de fabrication.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

La musique n’exerce plus le même attrait sur moi. La question qui se pose est : en avons-nous encore besoin ? Les musiciens m’apparaissent comme les bouffons d’une cour toujours persistante. À part John Cage, mes influences ne se situent pas dans la sphère artistique et elles s’inspirent de personnalités que j’admire comme Noam Chomsky, James Lovelock ou encore Shiva, et de personnes que je méprise comme Sarah Palin, la dynastie Bush, Tony Blair ou bien le gouvernement israélien. Aujourd’hui, il est de plus en plus compliqué de différencier les genres ou les mouvements artistiques, de plus en plus difficile d’être bouleversé. Ainsi quand les journaux nous dévoilent les crimes de Kadhafi envers son peuple, nous sommes choqués et cette partition journalistique devient alors plus fascinante que n’importe quelle couverture de NME nous enjoignant d’écouter un nouveau groupe.

Vous sentez-vous un artiste engagé et recherchez-vous la subversion ?

J’ai conscience d’être privilégié. Je bois de l’eau potable, j’ai accès à des soins médicaux, je vote, et je mange des bons aliments. On me paye le plus souvent mes déplacements et je peux passer des journées à rêver à de nouvelles créations sonores. Je m’interroge sur ma condition, elle n’est pas un acquis. Et comment ne pas se questionner sur un système où mes besoins sont prioritaires à ceux des autres. La période actuelle est chaotique. Le système capitaliste et son marché dit de libre échange – qui en définitive nie la liberté – accroissent la violence et la cupidité. Il a développé un modèle d’existence insupportable dont on n’échappe qu’en résistant. La subversion en fait partie. Trop souvent, nous assistons à une complaisance et une apathie aussi dangereuse qu’un mercenaire américain.

Matthew Herbert aux Qwartz sur Intruders TV

Matthew Herbert a reçu le Qwartz d’Honneur le 1er avril 2011 au Trianon à Paris.  Il répond aux questions de Jules Hallam, présentateur dynamique de Intruders TV.

[blip.tv http://blip.tv/play/AYKyoQ8C%5D

Entretien avec Matthew Herbert par Genica Baczynski pour Qwartz

À quoi travaillez-vous actuellement ? J’ai terminé la musique du film « participatif »Life in a day de Kevin MacDonald, produit par Ridley Scott. Je réalise le nouvel album du groupe Merz. En parallèle, j’écris un scénario pour un film et j’assemble les enregistrements effectués à partir de la vie d’un cochon. A côté de ces projets, je redonne de l’élan à d’autres envies plus anciennes comme The New Country ou encore le musée du son.

À quoi correspond chez vous cette tendance à tout faire vous-même ? Vous sentez-vous proche de Robinson Crusoé ? Les collaborations et l’idée de coopération sont indispensables. Aujourd’hui pourtant il faut apporter à l’art une nouvelle perspective et ainsi provoquer l’émergence d’espaces inédits où l’auditeur reconsidère son environnement. Au 20e siècle, le modèle de distribution, en ce qui concerne la musique, et les caractéristiques du travail ont été définis par les entreprises. Elles se sont attachées au profit, à la facilité, aux formes sans cesse répétées. Je n’ai pas eu d’autre choix que de tout créer et de tout gérer par moi-même. Pour l’instant, je n’entraîne pas tout le monde sur cette voie. Il me semble important que l’aspect politique de ma musique se retrouve dans son mode de fabrication.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? La musique n’exerce plus le même attrait sur moi. La question qui se pose est : en avons-nous encore besoin ? Les musiciens m’apparaissent comme les bouffons d’une cour toujours persistante. À part John Cage, mes influences ne se situent pas dans la sphère artistique et elles s’inspirent de personnalités que j’admire comme Noam Chomsky, James Lovelock ou encore Shiva, et de personnes que je méprise comme Sarah Palin, la dynastie Bush, Tony Blair ou bien le gouvernement israélien.Aujourd’hui, il est de plus en plus compliqué de différencier les genres ou les mouvements artistiques, de plus en plus difficile d’être bouleversé. Ainsi quand les journaux nous dévoilent les crimes de Kadhafi envers son peuple, nous sommes choqués et cette partition journalistique devient alors plus fascinante que n’importe quelle couverture de NME nous enjoignant d’écouter un nouveau groupe.

Vous sentez-vous un artiste engagé et recherchez-vous la subversion ? J’ai conscience d’être privilégié. Je bois de l’eau potable, j’ai accès à des soins médicaux, je vote, et je mange des bons aliments. On me paye le plus souvent mes déplacements et je peux passer des journées à rêver à de nouvelles créations sonores. Je m’interroge sur ma condition, elle n’est pas un acquis. Et comment ne pas se questionner sur un système où mes besoins sont prioritaires à ceux des autres. La période actuelle est chaotique. Le système capitaliste et son marché dit de libre échange – qui en définitive nie la liberté – accroissent la violence et la cupidité. Il a développé un modèle d’existence insupportable dont on n’échappe qu’en résistant. La subversion en fait partie. Trop souvent, nous assistons à une complaisance et une apathie aussi dangereuse qu’un mercenaire américain.

Voici le teaser du film Life in a day

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