Matthew Herbert aux Qwartz sur Intruders TV

Matthew Herbert a reçu le Qwartz d’Honneur le 1er avril 2011 au Trianon à Paris.  Il répond aux questions de Jules Hallam, présentateur dynamique de Intruders TV.

[blip.tv http://blip.tv/play/AYKyoQ8C%5D

Entretien avec Matthew Herbert par Genica Baczynski pour Qwartz

À quoi travaillez-vous actuellement ? J’ai terminé la musique du film « participatif »Life in a day de Kevin MacDonald, produit par Ridley Scott. Je réalise le nouvel album du groupe Merz. En parallèle, j’écris un scénario pour un film et j’assemble les enregistrements effectués à partir de la vie d’un cochon. A côté de ces projets, je redonne de l’élan à d’autres envies plus anciennes comme The New Country ou encore le musée du son.

À quoi correspond chez vous cette tendance à tout faire vous-même ? Vous sentez-vous proche de Robinson Crusoé ? Les collaborations et l’idée de coopération sont indispensables. Aujourd’hui pourtant il faut apporter à l’art une nouvelle perspective et ainsi provoquer l’émergence d’espaces inédits où l’auditeur reconsidère son environnement. Au 20e siècle, le modèle de distribution, en ce qui concerne la musique, et les caractéristiques du travail ont été définis par les entreprises. Elles se sont attachées au profit, à la facilité, aux formes sans cesse répétées. Je n’ai pas eu d’autre choix que de tout créer et de tout gérer par moi-même. Pour l’instant, je n’entraîne pas tout le monde sur cette voie. Il me semble important que l’aspect politique de ma musique se retrouve dans son mode de fabrication.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? La musique n’exerce plus le même attrait sur moi. La question qui se pose est : en avons-nous encore besoin ? Les musiciens m’apparaissent comme les bouffons d’une cour toujours persistante. À part John Cage, mes influences ne se situent pas dans la sphère artistique et elles s’inspirent de personnalités que j’admire comme Noam Chomsky, James Lovelock ou encore Shiva, et de personnes que je méprise comme Sarah Palin, la dynastie Bush, Tony Blair ou bien le gouvernement israélien.Aujourd’hui, il est de plus en plus compliqué de différencier les genres ou les mouvements artistiques, de plus en plus difficile d’être bouleversé. Ainsi quand les journaux nous dévoilent les crimes de Kadhafi envers son peuple, nous sommes choqués et cette partition journalistique devient alors plus fascinante que n’importe quelle couverture de NME nous enjoignant d’écouter un nouveau groupe.

Vous sentez-vous un artiste engagé et recherchez-vous la subversion ? J’ai conscience d’être privilégié. Je bois de l’eau potable, j’ai accès à des soins médicaux, je vote, et je mange des bons aliments. On me paye le plus souvent mes déplacements et je peux passer des journées à rêver à de nouvelles créations sonores. Je m’interroge sur ma condition, elle n’est pas un acquis. Et comment ne pas se questionner sur un système où mes besoins sont prioritaires à ceux des autres. La période actuelle est chaotique. Le système capitaliste et son marché dit de libre échange – qui en définitive nie la liberté – accroissent la violence et la cupidité. Il a développé un modèle d’existence insupportable dont on n’échappe qu’en résistant. La subversion en fait partie. Trop souvent, nous assistons à une complaisance et une apathie aussi dangereuse qu’un mercenaire américain.

Voici le teaser du film Life in a day

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Publié le 02/05/2011, dans Documents, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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